Construire de nouvelles prisons serait une erreur selon J-M DELARUE, Contrôleur général des lieux de privation de liberté

 

Dans une tribune publiée dans Les Echos, Jean-Marie Delarue, Contrôleur des lieux de privation de liberté, explique pourquoi, selon lui, il n'est pas opportun de construire de nouveaux établissements pénitentiaires.

Après avoir rappelé qu'il n'y a jamais eu autant de personnes incarcérées qu'aujourd'hui en France, il affirme que " La prison ruine et brise beaucoup de ceux qui y passent et elle n'empêche pas une récidive d'autant plus élevée que le délit est modeste dans l'échelle de la délinquance. Si la prison remplit parfaitement son rôle d'exécution de la peine, elle remplit - nonobstant les efforts des personnels - bien médiocrement son rôle d'(de) (ré)insertion et de prévention de la récidive. Faut-il, dans ces conditions, en construire encore ? Un industriel lancerait-il de nouvelles usines de fabrication d'un produit qu'il sait défectueux ? (...)

La vraie sécurité exige que les sortants de prison ne recommencent pas. Pour qu'il en aille ainsi, il faut mettre en oeuvre une double politique pénale et pénitentiaire.

D'abord, mettre fin à des lois de circonstance (...).

Ensuite, comme l'a proposé la conférence de consensus de février dernier, accentuer la mise en oeuvre de solutions alternatives à l'incarcération, en particulier dans le très vaste domaine des « petites peines » qui désocialisent et punissent bien au-delà de ce que prévoit le code pénal (perte du travail, du logement, voire des liens familiaux). (...)

Egalement, faciliter l'aménagement des peines et la libération conditionnelle, certes bien mal compris de l'opinion et pourtant admis dans tous les systèmes démocratiques : la peine doit suivre l'évolution de la personne après sa condamnation. (...)".

On rappellera en outre les coûts très importants que génèrent le fonctionnement des établissements pénitentiaires puisqu'un détenu coûte en moyenne 32.000 € par an, soit près de 2.700 € par mois (les coûts peuvent aller jusqu'à 70.000 € par an dans les maisons centrales, pour les détenus exécutant de longues peines, soit 5.800 € par mois) (Le Monde, 19/12/2012).

A l'inverse le coût mensuel moyen d'une surveillance électronique (bracelet électronique) s'élève à environ 300 €, celui d'un placement à l'extérieur à 930 € et celui d'une semi-liberté (le détenu rentre le soir à la prison) à 1.800 €.

En 2012, la moitié du budget du ministère de la justice était consacré à l'administration pénitentiaire (2,4 milliards d'euros).

 

Me MIALHE

 

 

 

 

 

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