Prison des Baumettes : photographies et recommandations en urgence du Contrôleur général des lieux de privation de liberté

Lien vers l'intégralité des Recommandations et des photographies.

 

 

 

 

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Extraits des Recommandations publiées au JO du 6 décembre 2012 :

 

Voici, par exemple, le constat que deux personnes détenues font de leur cellule, dont la véracité a été scrupuleusement vérifiée par le contrôle général : « absence de la partie supérieure de la fenêtre ; fil alimentation téléviseur coupé (absence de prise) ; pas de lumière (ampoule manquante), pas de veilleuse pour le surveillant de nuit ; pas d’interphone d’urgence ; w.-c. récent mais non fixé au sol et chasse d’eau quasi inexistante, pas de cloison d’intimité, lavabo bon état mais fuite au sol au niveau du siphon ; pas de miroir ; réfrigérateur très sale et infesté de cafards tant à l’intérieur qu’à l’extérieur ; murs sales, dégradés et presque couverts d’inscriptions en tous genres, nombreuses araignées et cloportes ; sol sale, nombreux détritus, pas de cabine de douche ni d’eau chaude ; aucun placard ni rangement, pas de quoi s’asseoir, pas de table ». Une autre personne ajoute : «c’est fait pour nous rendre fous». Sur un échantillon soigneusement examiné par le contrôle de 98 cellules, les contrôleurs en ont trouvé seulement neuf n’appelant aucune observation sérieuse. (...)

 

Trois ou cinq douches sur dix fonctionnent dans des salles de douche crasseuses, ce qui ne permet pas à tous ceux qui y ont droit de se doucher dans le délai prescrit. Depuis deux ans, les rats pullulent (on en voit même dans la journée) et s’ajoutent aux autres nuisibles : les surveillants font leur ronde de nuit en tapant des pieds pour les éloigner, avec un succès inégal. (...)

 

La sur-occupation reste la règle : au 1er octobre 2012, pour 1 190 places dans l’établissement, 1 769 personnes sont effectivement présentes. Elle continue de croître, se concentrant sur la seule maison d’arrêt des hommes : le taux d’occupation y est de 145,80 %. (...)

 

Du côté du personnel les conditions de travail génèrent un taux élevé d’absentéisme : entre 1 600 et 1 900 jours par mois (2,6 jours par personne) reportant une charge de travail accrue pour ceux qui sont présents : il arrive qu’il y ait un surveillant pour tout un étage (environ deux cents détenus). Dans ces conditions, certaines prestations ne sont plus assurées. (...)

 

Les activités rémunérées sont très réduites ; même si des formations professionnelles sont bien conçues, elles concernent un effectif relativement faible. Lors de la visite, le travail en ateliers occupait neuf personnes ; en général, quelques dizaines au plus. Reste le « service général », décisif puisque occuper un emploi fournit des revenus et une éventuelle affectation dans un bâtiment moins dégradé que les autres. Mais la diminution du budget de l’établissement a conduit à restreindre le nombre d’emplois offerts (de 204 à 169) et le montant moyen de rémunération versé à chacun (de 214 à 169 € mensuels). Les personnes occupées (les « auxis » pour « auxiliaires ») sont choisies par les responsables selon des critères de gestion de la détention et non pas selon des critères tenant aux qualifications ou aux besoins de la personne. Au reste, il faut sans doute payer les autres pour accéder à ce statut privilégié : « les auxis recrutent les auxis ».(...)

 

Il existe des activités culturelles intéressantes permanentes, animées par des personnes de l’extérieur très motivées (« cyberbase » au centre pénitentiaire des femmes, « centre de ressources multimédias » chez les hommes, « lieux fictifs » de création). Mais leur financement n’est pas pérennisé. Des spectacles exceptionnels ont été donnés : toutefois, il n’existe pas de poste de coordonnateur et la salle de spectacles étonnante qui équipe le centre pénitentiaire des femmes va disparaître avec la reconstruction (travaux dits « Baumettes 2 »).
Dans ces conditions, la seule « activité » est la promenade, jusqu’à six heures par jour.

 

La violence. Les médecins ont recensé depuis le début de l’année de la visite quatorze contusions multiples, huit plaies profondes, sept fractures diverses et plaies, trois trauma crâniens, un viol. Tous ces effets connus des soignants ne sont pas nécessairement portés à la connaissance du parquet.

 

Par exemple, l’accès au téléphone : « ici, dit un cadre, j’ai deux prestataires de téléphone, la société X. [concessionnaire] et les caïds » ; la communication se paye, mais l’accès à l’appareil aussi, d’autant plus aisément et chèrement que la plupart des appareils installés dans les cours de promenade sont régulièrement détruits (organisation de la pénurie). Ce marché génère des créances et des dettes, des injonctions de payer, des rackets, des menaces. L’agression sanctionne celui qui ne veut ou ne peut plus payer : or, beaucoup sont pauvres (environ 15 % des personnes détenues en moyenne sont « démunies de ressources suffisantes » au sens de la réglementation pénitentiaire). Et si le « client » est insolvable, la menace se porte sur ses proches, à l’extérieur. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que des personnes n’osent plus sortir de leur cellule, même pour la douche, pour la promenade ou pour accéder aux soins ; que les demandes de changement de cellules ou
de bâtiment (pour échapper à des créanciers insistants) soient multiples, pressants (feux de cellule, « coupures »).

 

 

DONC

 

Il convient :


a) S’agissant des conditions d’hébergement :


– de diminuer les flux d’entrée dans l’établissement et de ramener la population à un niveau supportable, c’est-à-dire au nombre de places prévues (1 190) ;
– d’actualiser l’organigramme des effectifs datant de 1989 pour assurer une présence suffisante de personnels, parallèlement à une réduction de l’absentéisme ;
– de renforcer l’équipe technique de maintenance et de la doter de moyens suffisants ;
– d’effectuer des travaux indispensables en matière d’étanchéité (bâtiment D), de circulation des fluides (bâtiments A et B) et de monte-charge ;
– de mettre en oeuvre des mesures efficaces et pérennes de nettoyage et d’hygiène, singulièrement contre les rats, cafards et autres nuisibles ;
– de revoir les modalités de distribution des repas, notamment pour assurer le respect des règles d’hygiène

 

 

b) S’agissant de la pénurie d’activités :


– un retour du budget de fonctionnement aux niveaux antérieurs doit permettre d’accroître rapidement le nombre d’auxiliaires et leur rémunération ;
– la recherche de concessionnaires pour la fourniture de travail en ateliers ne peut être laissée à la seule charge de l’établissement ;
– les travaux « Baumettes 2 » vont diminuer de près de moitié la surface des ateliers « hommes » et restreindre d’une quinzaine (sur trente à quarante) les emplois offerts aux femmes. Des alternatives devront être trouvées dans l’établissement par exemple en matière de formation professionnelle ;
– les activités culturelles originales doivent être pérennisées, le rôle de l’association socioculturelle repensé et ses liens avec le SPIP renforcés.

 
c) S’agissant de la violence :

 
– les moyens nécessaires d’investigation doivent être donnés au commissariat du 9e arrondissement de Marseille pour que, sous la conduite des magistrats, les renseignements soient exploités, les infractions donnent lieu à enquête et leurs auteurs soient poursuivis ;
– l’encadrement doit être rapproché du travail effectif des agents d’exécution pour que ceux-ci ne se sentent pas démunis devant les difficultés rencontrées ;
– l’organisation de la distribution des biens des cantines doit être revue et rigoureusement contrôlée ;
– comme il a déjà été demandé par le contrôle général (2), le personnel doit réinvestir à terme les cours de promenade ;
– un meilleur équilibre doit être trouvé entre la gestion différenciée des personnes (affectation, privilèges divers) et les sanctions disciplinaires ;
– la proximité entre personnels et détenus, souhaitable pour diminuer les tensions, doit trouver des limites précisément définies ; un projet d’établissement, responsabilisant, doit pouvoir s’articuler sur la prise en charge des personnes exposées, la réinsertion des détenus et la transformation résultant de la réalisation de travaux.

 

 15/11/2012

 

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